Sud Web 2016 @ Bordeaux

Actualité ekino -

Le Web (s’)inspire dans le sud

Article paru le :
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C’est quoi ton super pouvoir ?

Sud Web, le spin-off de Paris Web dans le sud de la France, comme je l’ai entendu ce week-end. La conférence qui fait du bien. Celle qui parle un peu de technique, un peu de gestion de projet, un peu de data, un peu du monde du travail, un peu de développement et d’épanouissement personnel et professionnel, etc.

Et d’où tu sors avec plein de questions, quelques réponses mais surtout une très forte envie de faire. Faire (faire) bien, (se) faire évoluer, (se) faire réfléchir, (se) faire changer. Faire ! Créer ! Développer ! Évoluer !

L’exemple a été donné tout au long de la journée de conférences par la maîtresse de cérémonie, Pipo, qui a évolué d’un bébé de 4 ans vers une jeune femme cherchant sa voie professionnelle, en passant par les étapes du monde des Bisounours, d’apprentissage, d’application des connaissances, de remise en cause, de ras-le-bol et de questionnement sur la vie professionnelle mais aussi personnelle. Tous les grands thèmes de ces deux journées.

Ce qui m’a surpris en premier, c’est que pendant ces deux jours, je n’ai pas vu beaucoup de code, et je n’ai presque pas vu de web, du moins en première lecture.

 

Agriculture

Pour commencer, dans la journée, il a été question d’agriculture, ou plutôt d’ageekulture. Témoignage de Marion Lambert, développeuse et femme d’agriculteur, qui a défait les clichés sur l’agriculture. En effet, l’agriculteur est connecté et utilise internet tous les jours et glane les informations utiles pour bien faire son métier et que même si certains outils existent déjà, il reste beaucoup de choses à faire d’un point de vue web, comme dans beaucoup d’autres domaines, pour améliorer notre agriculture.

 

XXe siècle

Un retour dans les années 80/90 a été proposé par Antoine Fauchié, mettant en parallèle les fanzines de l’époque – lorsque les publications underground, faites à la main, étaient à la mode – et les outils de publications sur le net actuels. Entre la possibilité d’utiliser quelque chose de tout fait et le faire soi-même. Mais aussi la possibilité de créér son fan(web)zine via l’outil Medium.

Pour rester au siècle dernier, il a été question de carte postale. Uniquement comme support pour de la dataviz. Stefanie Posavec a raconté son expérience de correspondance écrite avec Giorgia Lupi, intitulée Dear Data, dans laquelle, chaque semaine, ces deux designers de l’information ont récolté certaines informations personnelles (ex : l’utilisation des transports, les injures exprimées, les moments de solitude, etc.). Sur ces cartes postales, d’un côté la visualisation des données, de l’autre le mode d’emploi pour la comprendre, et ce pendant 52 semaines, avec à chaque fois un nouveau concept.

 

Enfance

Tout le monde est également retourné en enfance lorsque Thomas Gasc nous a parlé de LEGO, enfin surtout des valeurs de LEGO telles que décrites dans une boite de 1973. Depuis, ces valeurs ont beaucoup changé. À l’époque, il n’y avait pas de plan pour monter les éléments, filles et garçons étaient encouragés à construire ce qu’ils voulaient selon leur imagination, peu importe leur genre. Depuis, les plans sont arrivés, les boites distinctes pour filles et garçons aussi. Et même des bandes dessinées sont là pour raconter les histoires. Ne serait-ce pas là même chose dans le web où chacun, selon son métier, n’a plus l’habitude de regarder plus loin que sa propre tâche dans un espace bien défini, sans s’inspirer et échanger avec les autres intervenants.

Cela incombe une certaine implication et une éducation de la part des parents. En faisant le parallèle entre le vocabulaire utilisé avec ses enfants et ses clients, Boris Shapira a parlé de paternité, à ne pas confondre avec paternalisme. En effet, il a comparé la prestation qu’il effectue auprès de ses enfants et de ses clients, en comprenant que les deux n’étaient pas si différents l’un de l’autre et que le discours était le même. Ce qui fonctionne chez l’un, le discours paternel, l’éducation, l’apprentissage, la compréhension, l’intérêt, fonctionnent chez l’autre, alors que ce qui ne fonctionne pas, le discours paternaliste, les directives, l’incompréhension des besoins et de l’envie, proposent une mauvaise prestation et une déception du client, qu’il soit un enfant de 5 ans ou un responsable de projet.

Après l’enfance vient l’adolescence et le début de la vie d’adulte. Cette transition, de l’éducation au monde du travail, et les questions qu’elle engendre a été l’occasion pour Roxane Debruyker d’inverser la relation conférencier/auditeur. Elle a fait part de sa vie actuelle d’étudiante en sciences cognitives, des projets auxquels elle participe en parallèle, de son envie de continuer dans ce sens en entrant dans le monde du travail. Et surtout, Roxane nous a fait part de ses questions, à savoir comment arriver à concilier une vie professionnelle tout en gardant une vie personnelle épanouie avec différents projets non professionnels. C’est ainsi que la séance de questions/réponses s’est inversée et que les auditeurs lui ont fait part de certaines pistes de réflexion. Le public s’est transformé en conférencier pendant quelques instants, et même encore le soir et le lendemain. Les réactions ont été diverses, les propositions aussi, telles que monter sa propre boîte, regarder du côté des entreprises qui proposent facilement soit des temps partiels, soit des postes partagés par plusieurs personnes, etc. Il s’est avéré que beaucoup, après plusieurs années de travail, se posent toujours ces questions et que le sujet est toujours d’actualité.

 

Couture

Pour finir dans les présentations en apparence non web, Mylène L’Orguilloux a fait faire de la couture à plus de 150 personnes du web pour le traditionnel goodies Sud Web, voulu cette année éco-responsable. Après 10 ans dans l’industrie du textile, elle remets à plat certains principes établis et s’intéresse à révolutionner son métier en commençant par ne plus produire de déchet. En nous parlant de Zero Waste Fashion et du Do It Yourself, elle nous parle de l’industrie du prêt-à-porter qui trouve ses origines dans le sur-mesure, sans avoir adapté les principes de base pour la production de masse vraiment optimisée. Il suffit de consulter son blog pour comprendre tout ce qu’il y a à faire. Nous permettant de réfléchir à l’industrie du web, très jeune comparée au textile, et comment ne pas poser des principes universels et immuables sans que les générations futures ne puissent les changer.

 

Justice et droit

Tout le monde a entendu parler des Panama Papers et de l’ICIJ. Mais peu connaissent l’histoire du côté technique. C’est le cas de  Matthew Caruana Galizia, qui est venu nous parler de la face informatique cachée derrière cette affaire. Il a expliqué comment, avec ses deux collègues, ils gèrent le système d’information de l’ICIJ au quotidien permettant le transfert anonyme et sécurisé d’informations sur leurs serveurs. Ces outils utilisés, principalement open source, permettent aux journalistes de traiter efficacement et de façon distribuée des terabytes d’informations. Un retour d’expérience permettant de comprendre les difficultés de la mission de l’ICIJ ainsi que l’importance des projets open source et de la communauté qui, en faisant évoluer les outils, facilite leur travail d’investigation.

Dans un registre un peu plus militant, faisant écho aux évènements actuels, Rachel Saada est venue parler du droit du travail. Avec un discours un peu virulent sur le patronnât, pour un public composé pour moitié de chefs d’entreprise et d’indépendants, elle a su éveiller la curiosité et l’intérêt de tous à propos du contrat de travail, du code du travail, des droits et devoirs de chacun. Contributrice du site Souffrance et Travail et co-auteure du livre Travailler à armes égales, elle a également parlé des dangers liés au travail.  Le lendemain, deux ateliers, le premier sur l’explication de la fiche de paye, le second autour du burnout, ont eu lieu, preuves que les sujets autour du droit et de la santé au travail sont mal connus et intéressent.

 

Gestion de projet

Pour revenir plus concrètement au web, Alexandre Pronine a raconté comment, sur un projet de plus d’un an utilisant la méthode agile Scrum, son équipe a réussi à conserver la confiance et l’intérêt de leur client en ajoutant du fun lors des réunions de fin de sprint. En effet, après plusieurs mois de développement, la plupart des acteurs du projet ont commencé à s’y désintéresser et à moins s’impliquer. Simplement en donnant un thème à chaque réunion (marinière, Brésil, Halloween, etc.), l’intérêt global est revenu. Certains participants qui ne venaient plus, ont commencé à revenir. La surprise quotidienne a relancé les discussions, le projet et ses participants en tirant les bénéfices.

Dans un registre beaucoup plus morbide, Laurence Vagner est venue expliquer, extraits de films à l’appui, ce qu’est le bus factor. Il s’agit de déterminer le nombre de personnes retenant à elles seules la quasi-totalité des connaissances du projet. Un projet avec un bus factor à 1, indique qu’un projet dépend d’une seule personne. Il est donc clair que plus le bus factor est élevé, moins le projet est en danger face au départ d’un intervenant. Il est donc nécessaire de partager ses connaissances, pour la survie d’un projet.

 

Passion

Pour finir, nous avons eu Basile Simon qui nous a fait part de sa double vie. D’un côté son métier de hacker journaliste chez BBC News Labs et de l’autre son bénévolat en tant que fondateur de Airwars .

Gaëlle Periat a parlé méthodes et outils pour traiter et partager de la data. Préférant utiliser plusieurs petits outils performants qu’un seul lourd qui fait tout moins bien, elle explique comment il faut d’abord comprendre la question initiale avant la récolte et l’analyse des données.

Ancien photographe, Charles Pernet s’est découvert une passion pour le développement et a changé de vie depuis en devenant enseignant/développeur.

Enfin, pour finir avec la première présentation de la journée, Chris Lowis nous a rappelé que les musiciens, depuis toujours, ont créé leurs propres instruments au fil des âges et que désormais, via l’API Web Audio, cela pouvait se faire directement dans le navigateur.

 

Conclusion

Sud Web n’est pas une conférence technique mais presque philosophique du web. Je me suis surpris au cours de la journée de conférence à la comparer aux conférences TED car j’ai eu totalement la sensation d’entendre des idées qui valent la peine d’être diffusées.

Pour ma part, c’est le genre de conférence qui m’inspire, qui me motive, aussi bien pour améliorer les choses dans le travail mais aussi dans la vie personnelle. Elle donne envie de s’investir dans quelque chose, de s’impliquer et de s’y donner à fond, d’avoir le syndrome de l’anti-imposteur, décrit dans la conférence de Raphaël Yharrassarry.

Cette conférence rassemble plusieurs acteurs du web, mais pas seulement de par la présence d’une comédienne, d’une modeuse, d’une RH… Tiens des profils féminins dans une conférence web ? Et oui, et pas seulement en dehors du web car près de la moitié de conférenciers étaient des conférencières (7 sur 17). Et pour le public, je n’ai pas fait les comptes mais Sud Web a une part féminine, la preuve avec les participants de l’édition 2016.

Caroline Boulanger a initié le hashtag Twitter #MonSudWebEnUnMot. Je n’ai pas su choisir un seul mot pour cette conférence car elle est tout ce dont j’ai parlé dans cette conclusion, peut-être est-ce simplement SudWeb.

(et merci aussi :D)

Voir aussi le retour de Delphine : Zéro gâchis mais plein de questions ; et celui d’Isabelle : Sud Web ou comment j’ai découvert mes super pouvoirs.