Le robot-compagnon

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Est-il un objet connecté comme les autres ?

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Le robot-compagnon est-il un objet connecté comme les autres ?
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Photo originale par Nick Olejniczak, sous licence CC BY-NC 2.0.

Depuis maintenant un peu plus d’un an, les robots-compagnons fleurissent sur les sites de crowdfunding. Ils promettent d’accompagner toute la famille dans les tâches du quotidien, de rappeler aux parents de récupérer l’aînée à la danse et racontent même des histoires au petit cadet. Ils apprennent des comportements et des habitudes de leurs propriétaires et suivent tout le foyer chaque jour sur du long terme.

Ils offrent donc un ensemble de services, disposent de capteurs qui leur permettent de les enrichir et s’intègrent au quotidien de l’utilisateur. Cette définition ressemble bien à celle d’un objet connecté !

Un objet connecté oui, mais bien plus aussi

Le robot implique traditionnellement un aspect mécatronique1, des bras motorisés ou une capacité de déplacement. Buddy, par exemple, est un robot français créé par Rodolphe Hasselvander (le monsieur sur la gauche de la photo). Il peut se déplacer sur ses roues, surveiller la maison, gérer un agenda ou encore rappeler de prendre des médicaments. Et comme il s’agit d’un projet open-source, le potentiel n’en est que plus grand et la liste de ses fonctionnalités va sans nul doute s’agrandir.

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Le robot français Buddy

Jibo quant à lui ne dispose que d’une mobilité très réduite lui permettant tout au plus de se tourner dans une direction ou d’adopter une expression corporelle. Il s’agit pourtant toujours très clairement d’un robot. Il se positionne davantage comme un assistant personnel de toute la famille.

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Le robot américain Jibo

De conception encore plus minimale, la sphère russe LexyBot joue sur l’ubiquité du terme « robot », qui est utilisé dans les domaines mécanique et digital. Les CleverBot, Elbot et autres sont des « robots de conversation » avec lesquels il est possible d’avoir une conversation suivie en ligne. C’est exactement ce qu’est Lexy, mais embarqué dans une sphère.

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Le robot russe LexyBot

Dans ce cas-là, il est très clair que nous ne sommes plus très loin de l’objet connecté.

Donc si un robot peut ne pas être mécanisé, quelle différence entre les deux domaines ?

L’expérience utilisateur bien entendu ! Le design du robot offre un terrain propice à un transfert émotionnel fort.  L’être humain, animal social, a une merveilleuse tendance à anthropomorphiser dès qu’il le peut, à prêter des intentions humaines à une peluche, un dessin animé, ou un automate dans notre cas.

Ainsi, demander directement et oralement à notre robot de lancer la cuisson de la dinde ou de surveiller la maison pendant les vacances devient plus naturel grâce à ce transfert ; transfert encouragé par sa réponse enjouée qui nous fait ressentir qu’il est ravi de nous rendre service.

« Wilsooooon ! » Chuck Noland – Seul au monde

Là où l’objet connecté doit se fondre dans le quotidien de l’utilisateur, en disparaissant presque au profit du service, le robot social doit pouvoir être un objet de transfert efficace, un terrain propice à un transfert émotionnel, à un transfert affectif. Le propriétaire du robot n’est pas dupe, il n’a aucune raison de penser qu’il y a, au-delà de l’objet, un être conscient et sensible.

Pourtant le design d’un robot permet un transfert émotionnel suffisamment puissant pour que l’on puisse ressentir un mal-être à la vue d’un robot maltraité comme l’a démontrée, en 2013, une étude de l’Université de Duisburg-Essen en Allemagne.

Cette relation peut d’ailleurs être à elle seule un intérêt au robot-compagnon. Il y a quelques années maintenant que PARO, le robot-phoque, accompagne des thérapies des malades d’Alzheimer. Il offre un support contre l’anxiété, permet de réduire la prise médicamenteuse et de stimuler les malades.

Plus proche, certaines agences spatiales comptent bien se servir de ce transfert pour l’exploration spatiale habitée : Kirobo a déjà accompagné en 2013 un astronaute japonais en mission durant six mois. Ses prérogatives étaient de tenir compagnie à son colocataire, de lui parler dans sa langue et de le divertir du mieux possible. La vidéo de leurs échanges est particulièrement impressionnante, sachant que la discussion n’a pas été préparée à l’avance. L’intelligence artificielle de Kirobo réussit à donner l’impression d’un bavardage très convaincant.

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Le robot japonais Kiribo

Robots-compagnons et objets connectés : Une ère de services

Les robots-compagnons ont une dimension relationnelle qui est leur caractéristique primordiale. Ils impliquent de pouvoir offrir une illusion de vie et d’intentions positives. L’expérience utilisateur qu’ils doivent permettre est l’une des plus fondamentale et compliquée qu’il soit de simuler : avoir l’impression d’avoir été entendu et compris par un être indépendant et bienveillant.

Nous pouvons cependant dire qu’ils sont des objets connectés dans le sens où ils offrent un panel de services, disposent de capteurs de stimulus externes (micros, caméras, peau capacitive, etc.) et doivent évoluer à partir des données qu’ils auront récoltées. Ne pas s’adapter aux habitudes de la famille serait rédhibitoire pour l’adoption du robot au sein du domicile sur le long terme.

Réduits à leur plus simple expression, à leur plus simple utilité, il s’agit dans les deux cas d’un portail vers une offre de services. Si la caractéristique du robot-compagnon est le lien social qu’il encourage, sa valeur se retrouve forcément dans ce qu’il a à offrir au quotidien, tout comme l’objet connecté.

Pour que ce marché prenne toute son envergure et passe d’un eldorado hypothétique à un écosystème bien enraciné chez les utilisateurs, il devient nécessaire de développer des services digitaux reposant sur du machine learning2, affutés par la donnée, bref taillés sur-mesure pour un unique utilisateur. Ces services transforment à eux seuls une simple expérience ponctuelle en un accompagnement efficace sur le long terme. Que ce soit en robotique pour les particuliers ou dans le domaine des objets connectés, ils sont sans nul doute la clef qui ouvre la porte à la qualité, à la valeur, à un intérêt réel pour les clients finaux avides de rupture que sont 55% des français3.

Notes :
1. [Mécatronique : Synergie de la mécanique, de l’automatique, de l’électronique et de l’informatique.] retour
2. [Machine learning : Domaine de l’intelligence artificielle. Il regroupe la conception, l’analyse et le développement de machines évoluant via un processus systémique.] retour
3. [Source : Etude MediaCom sur Maddyness.] retour